Courir avec son cycle : et si on écoutait notre corps ?
Le trail est une aventure qui mêle endurance, force mentale et une profonde connaissance de soi. Mais pour nous, femmes, une autre variable entre en jeu : notre cycle menstruel. Et si je vous disais qu’en comprenant mieux son impact, on pouvait gagner en performance et en bien-être sur les sentiers ?
L’influence des hormones : un avantage méconnu
Il y a quelques années, lors d’un ultra dans les Alpes, une amie coureuse m'a confié qu’elle se sentait particulièrement légère et rapide en ce début de course. Après coup, elle a réalisé qu’elle était au tout début de son cycle, en pleine phase folliculaire. Ce n’était pas qu’une impression : la science le confirme !
Durant cette première partie du cycle, qui s’étend du premier jour des règles jusqu'à l'ovulation, le niveau d'œstrogènes grimpe progressivement. Ce n’est pas anodin : cette hormone favorise une meilleure oxygénation musculaire, une utilisation plus efficace du glycogène (notre carburant lors des longues distances), et accélère également la récupération après l’effort.
Concrètement, cela signifie que lors de cette période, notre corps est plus réceptif aux efforts intenses. On récupère plus vite, les muscles absorbent mieux les charges d’entraînement, et la sensation de fraîcheur musculaire est plus marquée. C’est le moment parfait pour caler des séances de fractionné, des sorties longues dynamiques ou même se lancer dans une compétition.
Quand la fatigue s’installe : adapter ses sorties
À l’inverse, après l’ovulation, c’est une autre histoire. La phase lutéale, qui précède les règles, est dominée par une autre hormone : la progestérone. Si l'œstrogène nous donne des ailes, la progestérone ralentit la machine. Le corps retient davantage d'eau, la température corporelle augmente légèrement et notre organisme mobilise plus de lipides comme source d’énergie, rendant l'effort intense plus laborieux.
C’est souvent durant cette période que l'on ressent une fatigue persistante, un cœur qui s’emballe plus vite, une récupération moins évidente. Certaines d’entre nous expérimentent même une baisse de motivation et une sensation de jambes lourdes.
Plutôt que de lutter contre votre propre nature, pourquoi ne pas adapter vos sessions ? À cette période, privilégier les sorties en endurance douce, des footings plaisir en forêt, des séances de renforcement musculaire ou même du yoga peut être bien plus bénéfique que de forcer des séances à haute intensité. Après tout, écouter son corps fait aussi partie de la performance.
Et si on planifiait intelligemment ?
Imaginons que vous prépariez un trail exigeant. Plutôt que d’ignorer l’impact de vos cycles, pourquoi ne pas optimiser votre entraînement en fonction de votre physiologie ?
- En phase folliculaire : mettez à profit votre énergie naturelle pour les entraînements exigeants. C'est le moment parfait pour tester des efforts nouveaux, viser un record personnel, ou encore faire un trail test.
- En phase lutéale : ralentissez le rythme. Profitez de ce moment pour renforcer votre préparation avec du travail en côtes, des randonnées actives ou des exercices de mobilité pour préparer votre corps aux prochains objectifs.
Les grandes championnes intègrent déjà cette stratégie dans leur préparation. Pourquoi pas nous ?
En conclusion, courir avec son cycle plutôt que contre lui pourrait bien être la clé pour repousser nos limites tout en respectant notre corps. Trop longtemps, la menstruation a été vue comme une contrainte dans le sport de haut niveau. Pourtant, en l’écoutant et en l’intégrant à notre entraînement, nous avons la possibilité d’exploiter cette formidable mécanique hormonale à notre avantage.
Alors, au lieu d’ignorer ces fluctuations, prenons-les en compte comme un véritable outil de progression. Sur les sentiers, dans la boue, face aux montagnes, chaque phase du cycle peut devenir une alliée si on sait la comprendre et l’utiliser à bon escient. Ne serait-ce pas, finalement, une autre manière d’apprendre à mieux courir… et à mieux se connaître ?

