Construire sa saison de trail : l’erreur que tous font

Construire intelligemment sa saison de trail : entre passion et stratégie

Il y a quelques années, je discutais avec un coureur passionné au départ du Grand Trail des Templiers. Il affichait une liste impressionnante de dossards fixés sur sa veste, enchaînant les ultra-trails comme d’autres collectionnent les sommets. Mais sous son sourire, je devinais la fatigue, celle qui épuise le plaisir. Il avait oublié une chose essentielle : inclure de la cohérence dans ses envies.

Planifier ses trails, ce n’est pas seulement remplir son agenda avec les plus belles épreuves. C’est un savant dosage entre ambition, lucidité et stratégie. À l’image d’un architecte qui trace les fondations avant de bâtir son ouvrage, chaque coureur a tout intérêt à poser les bases de sa saison avec soin. Pas pour brider sa liberté, mais pour la rendre durable.
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Structurer sa saison autour d’objectifs clairs

Avant de se jeter sur les pages d’inscriptions ouvertes dès l’automne, il faut prendre le temps de se poser une question simple : qu’est-ce j’attends de ma saison ? Est-ce de progresser, de me faire plaisir, de découvrir une région, ou de performer sur une course mythique ? Selon la réponse, l’organisation de votre calendrier sera radicalement différente.

En règle générale, il est conseillé de choisir un ou deux objectifs majeurs, selon la durée et la difficulté des courses visées. Ce sont les piliers autour desquels on vient structurer le reste de la saison. Ces « sommets » nécessitent une préparation spécifique et une récupération suffisante. Ils doivent donc rester peu nombreux.

Autour de cela, on viendra placer des courses intermédiaires ou secondaires, qui peuvent servir de préparation, de test matériel ou tout simplement offrir un peu de plaisir sans pression. Imaginez votre saison comme une montagne : les courses secondaires sont les sentiers qui mènent vers un sommet. Une montée progressive et mesurée évite les blessures et préserve la motivation.

Lorsque j'accompagne un athlète, je privilégie des cycles successifs de préparation, montée en charge, compétition, puis récupération. Ces phases doivent être visibles dans le planning global. Une course de 60 km début juin, par exemple, nécessite sans doute une réduction de l’intensité les semaines suivantes… même si la tentation d’un dossard en juillet est grande. Mieux vaut renoncer à une course que gâcher son objectif phare.

Bien choisir ses trails… et savoir en laisser de côté

Le calendrier de trail en France (et en Europe) est désormais si dense qu’on pourrait courir tous les week-ends sans faire deux fois la même course. Ce luxe cache un piège : celui de vouloir tout faire. Mais comme dans une forêt inconnue, il faut savoir placer quelques jalons pour ne pas perdre le nord.

Tout commence avec un repérage simple : répertorier toutes les courses qui nous attirent, qu’elles soient connues ou confidentielles. Ensuite, on affine avec trois filtres principaux :

  • Le timing entre les courses : idéalement, prévoyez environ 4 à 6 semaines entre deux longues distances. Courir un 50 km à 15 jours d’un 80 km, c’est comme tenter un marathon après un semi couru à bloc. Possibles, mais rarement optimaux.

  • Le format et la progressivité : alternez formats courts et longs, privilégiez des montées progressives en kilométrage et en dénivelé. Un coureur novice qui commence sa saison sur la 6000D a peu de chance d’y prendre plaisir…

  • La typologie du terrain : si votre objectif principal se court à 2500 mètres d’altitude sur terrain alpin, enchaîner des trails forestiers où le dénivelé est faible n'est pas la meilleure école. La course cible doit conditionner l’entraînement et la sélection des épreuves préparatoires.

Enfin, un bon planning n’est jamais figé. Il faut intégrer des marges de manœuvre : gardez une ou deux dates « ouvertes » pour vous adapter en fonction de votre état de forme. Ce sera peut-être une course surprise découverte au détour d’une discussion, ou au contraire une épreuve à enlever du tableau pour éviter la surcharge mentale. La souplesse, c’est l’alliée du plaisir.

Utiliser des outils simples pour visualiser sa saison

Comme souvent dans le sport, voir, c’est comprendre. À ce titre, construire votre calendrier sous la forme d’un tableau ou d’une frise chronologique est un outil précieux. Je conseille souvent d’utiliser un simple tableur ou une application de planification (TrainingPeaks, Google Agenda, etc.) pour positionner :

  • Les courses majeures et secondaires, identifiées par des couleurs distinctes.
  • Les phases de charge (celles où l’entraînement est intense).
  • Les phases de récupération (individuelles ou post-compétition).
  • Les moments de repos complets, notamment pendant les vacances ou les périodes chargées professionnellement.

Ce visuel permet non seulement d’éviter les doublons malheureux mais surtout d’apporter une cohérence d’ensemble, comme un chef d’orchestre qui place ses instruments au bon moment. En le consultant régulièrement, vous pourrez aussi y ajouter vos sensations, vos envies du moment, et ajuster si besoin.

Souvenez-vous : la meilleure saison, ce n’est pas celle avec 15 dossards accrochés au mur, c’est celle dont le souvenir vous donne envie de repartir l’an prochain. Et ça, ça se construit pas à pas, sans précipitation, comme un bon vin ou un vieux sentier qu’on apprend à connaître avant de le dompter.
En résumé, bâtir une saison de trail réussie demande de conjuguer lucidité, anticipation et écoute de soi. Choisir avec soin ses objectifs, organiser ses cycles d’entraînement et rester flexible face aux aléas forment la base d’une progression durable. Que vous soyez débutant ou passionné aguerri, privilégiez toujours la qualité à la quantité. Le plaisir de courir vient souvent plus de la trajectoire que de la destination.

James
James
James est le technicien de la bande. Préparateur physique, il recherche la performance et les bonnes techniques d'entrainement pour progresser plus vite.

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