Concourir sans choisir : et si endurance et vitesse marchaient main dans la main ?
C’est une vieille rengaine qui revient sans cesse dans les discussions post-course ou autour d’un café entre passionnés de trail : « À force de faire de l’endurance, je perds de la vitesse… » Ou, inversement, « J’me concentre sur des fractionnés, mais j’ai plus de caisse ! » Vérité ou mauvaise excuse ? À force d’arpenter les sentiers et d’écouter les experts, une chose devient claire : endurance et vitesse ne sont pas ennemies, bien au contraire.
Prenons un instant pour penser à Kilian Jornet. Non, ce n’est pas juste un surhomme catalan tombé dans une marmite d’élixir magique : sa science de la course et sa capacité à varier les intensités sont le fruit d’années d’entraînement structuré. Il peut accélérer comme un sprinteur sur les crêtes, mais il tient des efforts de plusieurs heures sans faillir. Le secret ? Une combinaison savamment dosée de travail d’endurance et de vitesse.
Cela nous amène à une vérité que l'on néglige souvent : développer son endurance ne tue pas la vitesse, sauf si on délaisse complètement celle-ci. Si vos entraînements ne contiennent plus une once de rythme soutenu, forcément l’explosivité s’étiole. Mais si vous continuez à solliciter régulièrement vos fibres rapides, vous resterez capable de relancer — même après 20 bornes en montagne.
Comprendre les coulisses de l’effort pour mieux s’entraîner
Pour saisir pourquoi ces deux qualités s'imbriquent si bien, il faut jeter un œil sous le capot : celui de notre moteur énergétique. Il y a trois grandes filières : l’aérobie, l’anaérobie lactique et l’anaérobie alactique. L’endurance, majoritairement aérobie, consiste à utiliser l’oxygène pour transformer les graisses et les sucres en énergie. C’est le carburant des longues distances. Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
Quand on bosse son endurance, surtout au seuil ou autour de la fameuse "zone 2" chère à beaucoup d’entraîneurs, on améliore aussi notre capacité à gérer les déchets métaboliques, notamment le fameux lactate. Et c’est là que les coureurs de 5 ou 10 km – parfois bien plus explosifs que nous les traileurs – tirent leur épingle du jeu : une bonne base aérobie leur permet d’éviter cette montée acide qui paralyse les jambes. Cela veut dire qu’en trail, si vous êtes capables de vous sentir « frais » en montée malgré un tempo soutenu, c’est aussi grâce à votre fond.
Ne l’oublions pas : même les sprinteurs passent du temps à construire leur endurance. Pourquoi ? Pour répéter les efforts en séance, pour récupérer entre les séries et pour augmenter leur marge. Un moteur plus puissant peut mieux encaisser les accélérations… et les répétitions. Une belle analogie serait celle du réservoir d’une voiture : plus il est grand, moins on arrive dans le rouge rapidement.
Comment marier les deux sans compromis ?
La solution tient en un mot : planification. Varier les cycles, équilibrer les charges, c’est tout l’art de l’entraîneur ou du coureur passionné qui apprend à se connaître. Il ne suffit pas d’empiler les kilomètres ou de matraquer les intervalles : il faut construire une progression logique au fil des semaines. Une période consacrée au développement aérobie, suivie d’un bloc plus qualitatif, permettra de travailler à la fois l’économie de course et la capacité à encaisser des changements d’allure.
Imaginez votre préparation comme une rando sur plusieurs jours. Certains tronçons seront roulants et vous permettront de penser, d’absorber, de construire. D’autres seront techniques, pentus, et mettront votre explosivité à l’épreuve. C’est dans cette complémentarité que réside votre capacité d’adaptation, clé de toute performance en trail.
Et surtout, adaptez ! Un coureur qui prépare un 20 km très technique n’aura pas les mêmes besoins qu’un trailer visant un ultra sur chemins roulants. La VMA ? Oui, mais calculée. Les sorties longues ? Bien sûr, mais placées avec soin. Entre les deux, n’hésitez pas à ajouter ce qu’on appelle des séances « mixtes », travaillant différentes zones dans le même entraînement. Votre corps aime la surprise — et le progrès.
En somme, vous n’avez pas à choisir entre être un diesel des montagnes et un bolide des arêtes. Combinez intelligemment les deux, et vous deviendrez un coureur complet, capable de tenir la distance tout en relançant au sommet d’une côte. Oubliez les vieux mythes et questionnez votre entraînement : faites-vous suffisamment de vitesse, ou avez-vous négligé votre base aérobie ? Quoi qu’il en soit, rappelez-vous que toute progression durable passe par l’équilibre — celui qui nourrit à la fois vos jambes et votre motivation. Alors, et vous, comment mixez-vous vitesse et endurance dans vos entraînements ? Partagez en commentaire, on est curieux de vous lire !

