Zegama-Aizkorri : Quand le trail devient légende
Imaginez un stade. Pas un stade classique, avec des gradins de béton et une piste ovale. Non, imaginez un stade de pierre et de brume, suspendu à flanc de montagne, battu par les éléments et entouré de milliers de fans déchaînés, blottis le long d’un sentier étroit comme un fil. Ce stade, c’est l’Aizkorri, le théâtre naturel d’une course unique au monde : Zegama-Aizkorri.
Ce dimanche 25 mai 2025, Zegama ne sera pas simplement un village du Pays basque espagnol. Il deviendra, le temps d’une journée, le cœur battant de la planète trail. Là-bas, les plus grands noms de la discipline viendront non seulement courir, mais se mesurer dans un rituel quasi sacré. Car Zegama, c’est bien plus qu’un marathon en montagne. C’est un pèlerinage. Une transe collective.
Chaque année, quand arrive le mois de mai, les habitués du trail ont les yeux rivés vers les 42 kilomètres pleins de boue, de rochers et de ferveur populaire qu’il faut traverser pour rallier l’arrivée. Entre les 2 800 mètres de dénivelé positif et l’euphorie hurlante du public sur les crêtes, cette course a tout d’une épreuve initiatique.
Une arène sauvage pour les meilleurs athlètes de la planète
Ce n’est pas un hasard si les plus grands s’y retrouvent. Cette année encore, le plateau est vertigineux : Rémi Bonnet, le Suisse au style félin, viendra défendre ses chances, probablement talonné par l’Espagnol Manuel Merillas, aussi tenace qu’une vipère de montagne. Chez les femmes, c’est une pluie d’étoiles : Maude Mathys, la Suissesse aux foulées régulières comme un métronome, ou encore Nienke Brinkman, la prodige néerlandaise au palmarès déjà impressionnant.
Pourquoi tous ces champions viennent-ils à Zegama ? Parce que la course est bien plus qu’un trophée dans une vitrine. Elle fait partie de la prestigieuse Golden Trail Series, un circuit mondial qui regroupe les épreuves les plus spectaculaires et exigeantes de la discipline. Gagner à Zegama, c’est un peu comme gagner à Wimbledon pour un tennisman, ou franchir les Champs-Élysées en jaune pour un cycliste : un sceau de légende.
Mais attention, ici, rien n’est jamais acquis. La météo peut transformer les sentiers en rivières boueuses. Les rochers glissent, l’air manque, les jambes brûlent. Même les plus coriaces peuvent exploser en vol. C’est aussi cela qui fait la magie du lieu : l’imprévisibilité, la lutte humaine contre les éléments.
Une ferveur populaire comme nulle part ailleurs
Ils sont là, des milliers, dès l’aube. Certains dorment dans leur voiture la veille, d’autres montent à pied, en portant des cloches, des drapeaux, des casseroles. Ils connaissent les prénoms des coureurs, ils chantent, ils hurlent, ils poussent comme un vent dans le dos. Sur les crêtes de l’Aizkorri, on se croirait dans une montée d’Alpe d’Huez version trail. Sauf qu’ici, pas de bitume : que de la pierre, des racines et du souffle.
C’est cette ambiance qui marque à vie. Même les élites en parlent les larmes aux yeux. « À Zegama, on court entre les gens comme si on était porté » m’a confié un ancien podium. Et il ne mentait pas. J’y suis allé. J’ai vu ces regards brillants d’enthousiasme. Ces enfants qui tendent la main. Ces vieux bergers qui encouragent dans leur langue ancestrale. C’est un choc émotionnel, autant qu’un défi physique.
Et vous, avez-vous déjà vécu un moment pareil lors d’un trail ? Ce genre d’instant suspendu où tout fait sens, où le monde semble tenir dans un souffle partagé entre coureur et spectateurs ? Zegama, c’est ce frisson-là, du premier au dernier kilomètre.
Zegama-Aizkorri n’est pas juste une course : c’est un mythe vivant, une communion entre la montagne, les coureurs et un peuple tout entier passionné. Ce dimanche, ce ne sont pas seulement des kilomètres qui seront parcourus, mais des destins qui se noueront dans la boue, la sueur et les cris d’une foule en liesse. Si vous aimez le trail, ce moment est pour vous. À vivre, à suivre, à rêver. Car Zegama, une fois dans le cœur, ne s'en va plus.

